Pourquoi une utopie?
« Certains jours, j’ai rêvé d’une gomme à effacer l’immondice humaine. »
– Louis Aragon, Journal du surréalisme
J’ai toujours cru que l’exercice de mettre en mots les idées qui traversent mon esprit serait simple, enfantin. Pourtant, au moment d’écrire ces lignes, la simplicité à laquelle je m’attendais s’avère plutôt être un chemin tortueux, parsemé de questionnements et de doutes. L’idée d’écrire cette réflexion sur ma vision du monde, sur la violence qui y règne et sur l’univers des possibles qui existerait sans ce réflexe humain à tendre vers l’autodestruction, baigne aux confins de mon esprit depuis des lustres, déjà. Mais il est difficile de trouver les mots justes. Ceux qui touchent, ceux qui marquent. Les mots qui traînent avec eux le poids de mille images, les mots qui font une réelle différence.
On a beau parler d’idées folles et de projets grandioses, le temps finit toujours par effacer des mémoires les paroles qui font rêver… Par oubli ou par censure, les idées disparaissent, se dissipent, comme la brume lorsque le matin se lève, comme un brasier incandescent qui finit en un amas de cendres grises. Au gré du temps et des générations, les mots viennent et partent avec tous les porteurs d’espoirs qui ont osé les dirent, finissant par dormir éternellement dans un millier de tombes oubliées, çà et là. Alors, comment les préserver, ces mots éphémères, ces idées inspirantes qui disparaissent? Par l’écriture, évidemment. Comme a dit Guy de Maupassant ;
« Car c’est par l’écriture toujours qu’on pénètre le mieux les gens. La parole éblouit et trompe, parce qu’elle est mimée par le visage, parce qu’on la voit sortir des lèvres, et que les lèvres plaisent et que les yeux séduisent. Mais les mots noirs sur le papier blanc, c’est l’âme toute nue. »
« Verba volant, scripta manent. » Les paroles s’envolent, les écrits restent, nous disaient-on déjà durant l’Antiquité. Voilà pourquoi il faut écrire. Parce que les mots qui passent de l’esprit au papier ont en eux un caractère impérissable. Ils peuvent traverser les époques, transcender les esprits, et peut-être, changer le monde. Rappelez-vous que beaucoup de gens ont à gagner à ce que les choses ne changent pas trop. C’est pourquoi il faut oser l’improbable, s’armer de courage face à ceux qui se nourrissent du doute qu’ils font naître chez les autres, se lancer, tête baissée, dans l’aventure de l’écriture, de l’espoir.
C’est à mon avis ce qui est fondamentalement beau dans l’écriture, le fait qu’elle permette de faire vivre des idées pour toujours, ou presque. Les écrits sont les vestiges de ceux qui étaient, ceux qui, comme vous et moi, ont vu le monde, ont tenté de le comprendre, de lui trouver un sens ou de lui en donner un. Comme l’a formulé Blaise Cendrars, auteur suisse et français ; « Je ne trempe pas ma plume dans un encrier mais dans la vie ». Écrire, c’est oser donner le poids de ses propres espoirs et de sa propre vision à un paquet de mots, qui porte alors le sens de nos aspirations et de nos craintes sur leurs frêles épaules. Ah quel courage, ils ont ces mots. Malgré eux peut-être, mais quel courage tout de même, de porter pour toujours le poids d’un millier d’idées.
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