Nous ne pouvons qu’imaginer l’épuisement, la tristesse, la lassitude et l’incrédulité de l’humanité le 2 septembre 1945, lorsque la capitulation du Japon a finalement mis fin au conflit le plus meurtrier de l’histoire. Soixante-quinze ans plus tard, la Deuxième Guerre mondiale s’inscrit maintenant dans l’imaginaire collectif comme un vieux souvenir, de plus en plus flou, de moins en moins tangible, des erreurs du passé. Un conflit de plus duquel nous avons, pour un instant, tiré d’importantes leçons. Un conflit qui incarne toute la cruauté dont est capable la race humaine, qui ne laisse planer aucun doute sur impitoyabilité et l’ingéniosité de ceux qui veulent dominer, ceux qui veulent asservir.
Et pourtant, j’aime croire que ce non-sens acharné et cyclique de violence n’est en fait que l’ultime défi auquel devra faire face l’humanité pour arriver à réellement croître et évoluer à la hauteur du potentiel qu’elle détient en elle depuis toujours. J’aime croire que viendra un temps où nous atteindrons collectivement cette limite à endurer la violence, la destruction et la haine. À ce sujet, les propos de l’auteur Steven Pinker, dans Le Triomphe des lumières, incarnent avec plus de justesse que mes propres mots le concept de finalité autour des guerres ;
« Au fond, la guerre n’est peut-être qu’un obstacle de plus, qu’une espèce éclairée peut apprendre à surmonter, comme les fléaux, la faim et la pauvreté. Bien que la conquête puisse être tentante à court terme, il est en fin de compte préférable de trouver comment obtenir ce que vous voulez sans les coûts d’un conflit destructeur et les dangers inhérents à une vie par l’épée, car lorsque vous représentez une menace pour les autres, vous les incitez du même pas à vous détruire d’abord. Sur le long terme, un monde où toutes les parties s’abstiennent de faire la guerre améliore le sort de tous. »
Voilà un discours qui ne cède pas au fatalisme, un discours inspirant, d’une rationalité dépourvue d’émotivité, qui refuse de s’enliser dans le carcan perpétuel de la violence. Un discours utopique, certains diraient probablement. Et pourquoi pas ? Par respect pour ceux qui ne sont plus, et avec l’espoir de faire mieux pour ceux qui seront, nous pouvons assurément faire mieux. Mais comment?
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