Je regarde autour de moi depuis longtemps et je ne cesse de voir le monde tourner sur lui-même, s’agiter, bruyamment, perpétuellement, étourdissant. Je la vois comme un océan, cette marée de gens, qui, jamais calme, est frappée vague après vagues, prisonnière de sa propre motion, une succession d’actions qui ne cherchent qu’à en entraîner d’autres, inéluctablement. Un cycle éternel, il me semble, de violence, de vengeance, de défaites et de victoires. Et pourtant, il n’y a que des perdants, car personne ne gagne à se battre, inlassablement, pour les mêmes raisons, puis pour d’autres nouvelles. Pourquoi? Pour rien, si ce n’est que le sentiment animal de la victoire, l’émotion viscérale du dominant, qui finira dominé, parce que nul ne peut régner pour l’éternité, jamais.
Alors, pourquoi ne pas essayer de briser ce cycle? Pourquoi ne pas tenter de bâtir un monde sans violence? Certains disent de moi que je suis rêveur, d’autres me disent optimiste. J’aime croire que je suis utopiste. Car, pour créer un monde meilleur, il faut l’imaginer d’abord, n’est-ce pas? Par les idées, puis par les mots, puis les gestes viendront, comme Rome s’est bâti, de cité en cité, de rêves en idées.
On reprochera certainement à cet ouvrage son caractère apparemment impossible, improbable. Je tâcherai tout de même de mettre en mots la plus folle des idées, pour qu’on ne puisse plus jamais nier qu’elle existe bel et bien. Certains diront que les utopies sont utopiques pour le rester, je préfère croire que non. Par définition, une utopie est la construction imaginaire et rigoureuse d’une société qui constitue, par rapport à celui qui la réalise, un idéal ou un contre idéal.
Construisons-la. Ensemble. Que voulons-nous réellement devenir? Quels sont les possibles issues qui se présenteront à nous dans un avenir rapproché, inévitablement, inexorablement ?
Au fond, qu’est-ce qui nous sépare d’un monde meilleur ? Tellement peu.
Je rêve d’un monde meilleur, d’une utopie.
Francis Patenaude
