Se détruire à tout prix, le paradoxe moderne d’un monde en paix

Et comme si l’utilisation de drones à des fins militaires n’était pas assez alarmante, les risques inhérents à l’utilisation de l’arme nucléaire viennent jeter un voile encore plus sombre sur les possibles scénarios qu’occasionnerait une guerre totale. Avons-nous déjà oublié les journées du 6 et du 9 août 1945, jours durant lesquels deux bombes atomiques lancées par les États-Unis sur le Japon ont éliminé en un clin d’œil prêts de 100 000 japonais, la plupart des civiles. Que plus de 200 000 autres sont morts des conséquences de l’exposition aux radiations dans les mois et les années qui ont suivi? Comme l’a dit le philosophe français Jean-Paul Sartre ;  « …Plus d’un Européen eût préféré que le Japon fût envahi, écrasé sous les bombardements de la flotte : mais cette petite bombe qui peut tuer cent mille hommes d’un coup et qui, demain, en tuera deux millions, elle nous met tout à coup en face de nos responsabilités. A la prochaine, la terre peut sauter, cette fin absurde laisserait en suspens pour toujours les problèmes qui font depuis dix mille ans nos soucis. »

Et pourtant, presque 75 ans plus tard, les puissances militaires poursuivent leur recherche pour maximiser l’efficacité de ces armes au potentiel dévastateur et continuent d’augmenter annuellement les sommes qu’il dédie à leur programme nucléaire. Comme on peut le lire dans un article de Radio-Canada publié en juin 2022 ; « Les dépenses des puissances nucléaires pour moderniser leur arsenal atomique ont augmenté de près de 9 % en 2021 pour atteindre 82,4 milliards de dollars, selon un rapport de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN). Les États-Unis ont à eux seuls dépensé 44,2 milliards de dollars pour leur programme nucléaire l’an dernier, soit 12,7 % de plus que l’année précédente, et la Chine y a consacré 11,7 milliards (+10,4 %), selon ce rapport publié mardi. Les budgets consacrés par la Russie (8,6 milliards), la France (5,9 milliards) et le Royaume-Uni (6,8 milliards) à l’arme nucléaire ont légèrement augmenté, ajoute l’ICAN, qui a remporté le Nobel de la paix en 2017 pour avoir œuvré sans relâche au traité d’interdiction des armes nucléaires, qui a été ratifié par 59 pays, mais aucune des puissances nucléaires. Le Pakistan a consacré 1,1 milliard de dollars à son armement nucléaire, contre 1 milliard l’année précédente, tandis que l’Inde a réduit ses dépenses dans ce secteur à 2,3 milliards (contre 2,5 en 2020), selon le rapport. »

N’est-il pas difficile de croire que qu’est l’homo sapien ait fini par mettre en priorité le développement de son potentiel nucléaire au-dessus de tous les besoins criants et de toute la souffrance présentement observable dans le monde?  Toute cette énergie, ces ressources et ce potentiel simplement dévolus à la perte de l’autre, alors que nous faisons face à d’innombrables défis, comme la famine et la malnutrition sévère, l’urgence climatique, le sous-développement, les traitements de maladie, l’accès à l’eau et la pauvreté.  Les États font tout de même le choix de prioriser leurs dépenses militaires à l’instar de travailler sur l’amélioration du bien-être de tous ces humains qui souffrent, sur la même planète. C’est à se demander si cette fascination inépuisable pour le progrès technologique et l’avancement technique, qui a lentement permis à une grande partie de l’humanité de mieux vivre, finira paradoxalement par être la raison de notre chute.

En fait, j’ai bien peur que le prochain conflit planétaire aura la capacité de réduire à néant plusieurs siècles de dur labeur qui ont lentement permis l’amélioration de la qualité de vie d’une grande partie de la population mondiale.  Comme l’a dit le Président américain John Fitzgerald Kennedy dans un discours au Nations unies en 1961 ; « For a nuclear disaster, spread by wind and water and fear, could well engulf the great and the small, the rich and the poor, the committed and the uncommitted alike. Mankind must put an end to war–or war will put an end to mankind. »

Et si certains d’entre vous doute toujours des conséquences qu’engendrerait l’utilisation de l’arme nucléaire, je vous invite à observer avec soin le graphique qui suit. D’ailleurs, j’invite également ceux d’entre vous qui veulent en savoir plus sur l’armement nucléaire à consulter le site Arm Control Association, une organisation américaine qui se spécialise dans la question du contrôle de l’armement.

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