Pourquoi une utopie

« Un jour, j’écrirai pour gagner ma vie. D’ici là, j’écrirai pour le simple plaisir de danser avec les mots. » Voilà une phrase que je répète depuis très longtemps. Et pourtant, plus je travaille à la rédaction de cet essai, plus je réalise que mon but dépasse mes propres intérêts. Depuis l’achèvement de mon Baccalauréat en Études Politiques Appliquées, on me demande sans cesse pourquoi je ne travaille pas encore dans mon domaine d’étude. On a malheureusement normalisé cette croyance selon laquelle les études universitaires doivent absolument être un vecteur de création de richesses, le point de départ d’une vie bien rangée qui cadre avec cet investissement qu’est le parcours académique. J’ai d’ailleurs longtemps ressenti de la culpabilité face à toutes ces années et ses ressources consacrées à mes études qui, au final, ne semblaient pas vouloir se rentabiliser.

Maintenant que je vous partage ma vision du monde, que je sais que mes mots peuvent passer de mon esprit au votre, je comprends toute l’importance de ces années à analyser l’univers qui m’entoure. Maintenant, je ne suis plus porteur du doute. Maintenant je suis porteur d’espoir, un espoir qui, je l’espère, en inspirera plusieurs autres.

Je crois d’ailleurs fermement qu’il faut oser être l’instigateur de quelque chose de plus grand que soi. Dans De la tyrannie, Vingt leçons du xxe siècle, l’auteur Timothy Snyder insiste sur le besoin de se distinguer individuellement, il avance : « Il faut bien que quelqu’un le fasse. Il est aisé de suivre le mouvement. Il peut sembler étrange de faire ou dire autre chose. Sans cette gêne, cependant, point de liberté. Souvenez-vous de Rosa Parks. Dès l’instant où vous donnez l’exemple, le charme du statu quo est rompu, et d’autres suivront. »

Parce que je dis non au statu quo, certains verront probablement cet ouvrage comme le témoignage crédule et naïf d’un adulte qui refuse de céder au fatalisme encouragé par d’autres. Mais qu’y a-t-il de mal dans la naïveté, après tout ? N’est-elle pas nécessaire pour arriver à croire à un monde différent, un monde meilleur?  Un monde sans violence, un monde en paix. Écrire Utopie est peut-être naïf, mais sans ce genre de naïveté, nul n’osera jamais remettre en question les principes fondateurs qui constituent l’assise de nos sociétés. Ces mêmes principes qui nous empêchent collectivement de vouloir mieux, d’avoir mieux.

Et si nous osions la naïveté, ensemble? Réellement. Osez nous engager dans une suite de décisions qui mènerait inéluctablement à de meilleures conditions de vie pour l’ensemble de l’humanité. Oser l’amour, le partage, le pardon, le sacrifice de soi. Oser dire non à des millénaires d’agressivité, à un passé jamais bien loin de la violence, à ce sentiment d’impuissance face aux élans collectifs de xénophobie, d’isolement et de mépris. Oh combien d’âmes, se prélassant maintenant loin de notre univers de guerres menées vainement et de conflits inutiles, pousseraient alors un soupir de soulagement, en apprenant que nous avions compris, après tout ce temps, que nous étions ironiquement la source de notre propre mal.

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